« L’indépendance n’est pas un héritage, c’est une responsabilité. » La phrase tombe, dès les premières minutes du discours télévisé prononcé ce lundi 27 avril par le Président du Conseil. Face à ses compatriotes, Faure Gnassingbé n’est pas venu célébrer le 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du Togo avec les mots polis des commémorations ordinaires. Il est venu poser une exigence. « Une responsabilité vis-à-vis de notre histoire. Une responsabilité vis-à-vis de notre présent. Et surtout, une responsabilité vis-à-vis de notre avenir. » Le ton est donné. Le discours ne sera pas un exercice de nostalgie, mais un appel à se projeter. Très vite, le Chef du gouvernement déroule cinq « convictions essentielles » qui dessinent l’architecture de son propos et, plus largement, de son projet pour le pays sur les six prochaines années.
La première conviction tient en une formule : l’indépendance n’est pas un acquis, mais une « responsabilité permanente ». « Elle ne se résume pas à une date. Elle ne se résume pas à un symbole. Elle est une exigence de tous les jours. » Elle se mesure, insiste-t-il, « à la solidité de nos institutions, à la vitalité de notre économie et à la cohésion de notre société. » La deuxième est un constat lucide sur l’état du monde. « Le monde a changé. Il est plus incertain, plus fragmenté et aussi plus dangereux. » Face aux tensions sécuritaires régionales et aux chocs globaux, la souveraineté n’est plus un principe abstrait, mais « une nécessité ». Il prend soin toutefois de préciser : souveraineté ne rime pas avec fermeture. « Elle suppose d’être ouverts. Mais d’être ouverts avec lucidité. Elle suppose des partenariats équilibrés, une diplomatie active et un engagement régional fort. »
Des attentes « légitimes » et des « résultats, pas des promesses »
La troisième conviction ramène le discours aux préoccupations tangibles. « L’indépendance ne prend tout son sens que si elle améliore la vie quotidienne. » Emploi des jeunes, accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, à l’éducation, équité entre les territoires : la liste des attentes est connue, et le Président du Conseil les qualifie de « légitimes ». Face à elles, la réponse de l’État doit être « des résultats. Pas des promesses. Des actions visibles. » C’est ici qu’intervient la quatrième conviction, la plus tournée vers l’avenir. Le Président du Conseil réaffirme les trois piliers qu’il avait esquissés devant les parlementaires en fin d’année dernière : Protéger, Rassembler, Transformer. Mais cette fois, il en déplie le sens avec une précision qui n’a rien d’un exercice de style.
Protéger, c’est d’abord sécuriser le territoire, « y compris dans les zones les plus exposées, notamment au Nord de notre pays ». C’est aussi garantir les conditions d’une vie digne : l’eau au village, l’électricité dans les quartiers, la santé pour les familles, l’école pour les enfants. C’est enfin préparer le pays aux chocs, climatiques notamment, en réduisant les dépendances et en constituant des réserves. « Protéger, c’est le socle fondamental sans lequel aucune autre politique publique ne peut tenir. » Rassembler, c’est réduire les inégalités entre les régions, lutter contre la pauvreté, renforcer le lien entre l’État et les citoyens « par le dialogue et la transparence », et bâtir la confiance dans des institutions efficaces et une justice fiable. « Rassembler, c’est garantir l’équilibre. » Transformer, enfin, c’est changer durablement l’économie. Moderniser l’agriculture, « produire mieux, transformer localement et créer plus de valeur ici ». Investir dans les compétences, former les jeunes aux métiers d’avenir, « faire en sorte que chaque formation mène à un emploi décent et durable ». Renforcer les infrastructures : des routes qui relient les marchés, un port performant, des zones industrielles. « Transformer, c’est la dynamique. »
« Protéger. Rassembler. Transformer. Un socle, un équilibre, une dynamique. »
La formule tombe, presque comme une maxime. Le débit du Président du Conseil s’est resserré au fil de son propos, comme si les trois mots, martelés avec rigueur, portaient l’élan d’une feuille de route en devenir. Reste la cinquième et dernière conviction, peut-être la plus importante à ses yeux : l’avenir ne se construira pas en solitaire. « Une stratégie, aussi bonne soit-elle, ne réussit pas seule. Elle ne réussit que si elle est portée, partagée, appropriée. » Dans les prochaines semaines, promet-il, une phase d’échanges sera engagée avec les institutions, le secteur privé, la société civile et les partenaires, « pour enrichir la réflexion du gouvernement autour de l’élaboration de cette feuille de route. Pour la partager. Pour la parfaire. Pour la faire vivre. » Puis vient la chute, sobre et puissante. « L’indépendance n’est pas un souvenir. C’est un projet. Un projet exigeant. Un projet collectif. Un projet pour l’avenir. Un projet qui nous oblige aussi mais surtout qui nous rassemble. » Ce 27 avril 2026, le Togo n’a pas seulement commémoré son passé. Il s’est vu offrir un cap.



