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ONU : Le Togo fait adopter la résolution « Correct The Map » pour redonner à l’Afrique sa taille réelle

Une page d’histoire diplomatique s’est tournée vendredi à l’Assemblée générale des Nations Unies. Par 164 voix pour, une contre et six abstentions, la résolution portée par le Togo au nom du Groupe africain a été adoptée. Son objet : promouvoir des représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles des continents. L’Afrique, longtemps réduite visuellement par la projection de Mercator, retrouve sa juste place sur les cartes.

Seuls les États-Unis ont voté contre. Washington a dénoncé un « projet idéologique radical » et estimé que la résolution « tourne en dérision le travail et la raison d’être de cette institution ». Les six abstentions viennent de l’Estonie, de la Géorgie, de la Lituanie, de la Moldavie, de la Serbie et de l’Ukraine. Avant le vote, le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a porté la voix de l’Afrique. « Les cartes façonnent notre compréhension du monde. Elles guident l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives », a-t-il déclaré.Le texte ne bannit pas Mercator, dont le ministre reconnaît l’utilité pour la navigation. Il encourage l’usage de projections « équivalentes », comme Equal Earth, lorsque les superficies sont déterminantes. « Une carte juste ne change pas la géographie du monde, elle change notre façon de voir le monde », a résumé Robert Dussey.

Le débat remonte au XVIᵉ siècle. Lorsque Gerardus Mercator élabore sa projection en 1569, son objectif est pratique : faciliter la navigation. Mais sa carte déforme les superficies. Le Groenland semble rivaliser avec l’Afrique, alors que celle-ci est environ 14 fois plus vaste. L’Europe du Nord et l’Amérique du Nord sont aussi considérablement agrandies.

Lire aussi : « La taille de l’Afrique est inexacte » : Robert Dussey annonce que le Togo va saisir l’ONU.

Selon la résolution, ces distorsions ont contribué à une « minimisation symbolique » de l’Afrique et perpétué une représentation déséquilibrée du monde. Le texte présente la correction comme une forme de « justice cognitive et de réparation mémorielle ». Quelques heures après, le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, s’est félicité de l’adoption du texte. Il a salué « le leadership de la République togolaise et l’engagement du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, sous l’impulsion duquel le Togo a porté cette initiative au nom de l’Afrique ».

« L’Afrique doit être représentée telle qu’elle est : dans ses véritables dimensions et à sa juste place dans le monde », conclut le communiqué de l’UA. Et la France a déjà pris les devants. Quelques heures avant le vote, Jean-Noël Barrot a annoncé que Paris abandonnerait Mercator pour ses cartes du monde. L’Union européenne, par la voix de l’Irlande, a soutenu le texte tout en précisant qu’il n’avait aucune incidence sur la souveraineté ou les frontières.La résolution n’est certes pas contraignante. Mercator restera dans les atlas maritimes. Mais le vote de vendredi envoie un signal massif : une carte n’est jamais neutre. Les choix qu’elle recèle finissent par façonner, génération après génération, la représentation du monde. Et l’Afrique, cette fois, a fait entendre sa voix. Depuis Lomé. Pour le continent. Avec le monde derrière elle.

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